Dépendance au sexe et à la pornographie

Dépendance sexuelle et dépendance à la pornographie

Seriez-vous dépendant au sexe ? C’est bien souvent au fond de vous-même que réside la réponse à cette question. Avant de trancher définitivement, peut-être vous sentez vous tout au moins vulnérable face à cette forme d’addiction ?!

Une dépendance, quelle qu’elle soit, c’est difficile à admettre. Et cela l’est encore plus lorsque ce sont les autres qui la pointent du doigt en croyant vous faire avancer. Cependant, lorsque l’on y regarde de plus près, les personnes vraiment concernées, arrivent tôt ou tard à accepter l’idée que, comme beaucoup, le sexe est à la longue devenu bien plus qu’une envie naturelle mais un besoin incessant dont elles ont du mal à se passer. Un besoin qui leur fait prendre des risques (MST etc.) Un besoin qui leur fait dépasser des limites qu’elles ne croyaient jamais franchir. Un besoin devenu drogue qui évolue en accroissant avec le temps et qui s’accompagne d’une certaine honte.

Le déni face à cette problématique dure souvent longtemps et c’est normal. La dépendance sexuelle, et sans doute davantage, la dépendance à la pornographie, sont tabou dans nos sociétés et lorsque l’on en parle, c’est souvent sur un ton moqueur ou léger. Ou pour mentionner des cas extrêmes afin que tout le monde puisse dire « je n’en suis tout de même pas rendu là » De fait, rares sont celles et ceux qui acceptent d’en témoigner ouvertement. Pourtant lorsque l’on prête une attention particulière à la thématique de la dépendance sexuelle, on constate les mêmes formes de souffrances, comportements et difficultés que dans le cas des addictions avec produit.

La dépendance sexuelle

L’addiction sexuelle, que l’on pourrait rapprocher de la dépendance affective, est une problématique complexe. Elle s’exprime sous plusieurs formes, avec divers degrés en fonction des personnes. Les points communs comprennent entre autres : un besoin compulsif de sexe et une préoccupation constante pour le fantasme, voire même une dépendance directe envers un partenaire sexuel. Le sexe devient alors un moyen ou une fin indépendamment des sentiments qui se retrouvent la plupart du temps relégués à l’arrière-plan de la relation. Les comportements compulsifs (ne pas pouvoir s’empêcher de…) ou obsessionnels (ne pas arriver à penser à autre chose que…), ont tendance avec le temps à impacter tous les domaines de la vie courante (travail, famille, relations, projets, estime de soi…)
La dépendance sexuelle est également évolutive, elle ne cessera pas de se développer si vous la laissez se propager dans votre vie. Un peu à la manière de l’alcool qui lorsque consommé à grandes doses finit par prendre le dessus sur toute forme de volonté.

La dépendance à la pornographie

La pornographie est souvent le support idéal de la dépendance sexuelle. L’une alimente l’autre et vice versa. La vision soutien l’envie qui devient besoin et le plaisir en réunit le tout. Le film « Shame » de Steve McQueen avec Michael Fassbender en tant qu’acteur principal retrace bien le vécu de ces personnes qui passent du fantasme à l’acte avec une intensité telle qu’il devient difficile pour elles d’avoir une relation amoureuse dite « classique ».

En effet, le caractère irréel et magnifié des scènes de sexe filmées rend d’autant plus « accro » que ces dernières projettent un idéal quasi impossible à atteindre pour le commun des mortels. Idéal fantasmé qui associé au plaisir procuré par la masturbation finit par supplanter en intensité les stimuli naturels inhérents aux relations charnelles « de la vraie vie ». De nombreux témoignages sur www.orroz.net de personnes « accro au porno » montrent à quel point cette forme de dépendance est bel et bien concrète et tend à se propager à mesure qu’internet continue de se développer.

Sortir du déni, briser le tabou et se faire aider

« Les dangers du sexe sur internet » d’Orroz et « Avant j’étais accro au porno » de Florent Badou sont des témoignages saisissants de cette problématique en même temps qu’ils représentent la possibilité réelle de sortir de la dépendance sexuelle et de la dépendance à la pornographie.

Car c’est bien ce qu’il faut retenir de ces addictions dites comportementales : si elles représentent à bien des égards une forme de drogue à part entière il est toutefois possible de s’en libérer et d’en sortir après une période de sevrage et d’abstinence associée à un véritable travail sur soi !

Pour que ce travail sur soi réussisse, il n’implique pas forcément qu’il faille combattre la pornographie ou le sexe en tant que tel. Ne serait-ce que parce qu’ils ont déjà une place et un rôle dans la société (à commencer par celui que chacun d’entre nous leur accordons).

Mais surtout il ne viendrait pas à l’idée de demander à quelqu’un d’arrêter d’avoir des rapports sexuels et du plaisir jusqu’à la fin de sa vie pour ne plus être dépendant au sexe. Si le corps peut se passer d’alcool pour vivre, il est des âges et des individus qui ont besoin que leur énergie sexuelle soit canalisée et vécue pleinement plutôt que niée ou combattue quand bien même ils auraient du mal à la gérer et quand bien même la recherche de plaisir aurait supplanté tous les autres domaines de la vie.

Et même dans ce cas bien précis, il est encore possible d’avancer vers la sortie si tant est que l’on soit accompagné.